Je te dis "Luisin", car c'était le nom par lequel nous t'avons reconnu comme un des nôtres... Sachant l'amitié qui était la nôtre, le bureau national de l'Amicale de Mauthausen m'a prié de te rendre ce dernier hommage au nom de tous nos camarades, et d'apporter, aux tiens et à tous tes proches, notre soutien total moral et notre sympathie en ces moments de douleur. Nous sommes certains d'exprimer la fraternité et l'amitié de tous nos camarades et familles qui t'ont si bien connu pendant des années de déportation et puis au Conseil d'adeministration de notre Amicale. Tous ont gardé un souvenir inoubliable du compagnon qui a été le défenseur des valeurs morales et humaines des anciens de Mauthausen. Personnellement, et tenant compte de l'amitié qui nous unissait, je voudrais en quelques mots décrire certains faits de ta vie de combattant pour la liberté. Tu es né à Madrid, la capitale de notre Espagne républicaine, et très jeune tu as su la défendre contre les hordes franquistes et fascistes. Après la bataille perdue en Espagne, tu as continué à lutter pour les idées de justice et de liberté et tu t'es engagé -comme nous tous- dans l'armée française pour continuer le combat entrepris en 1936 en Espagne contre le nazisme et le fascisme international. Fait prisonnier de guerre tu as été interné dans un stalag, puis conduit en déportation au camp de la mort de Mauthausen à la fin de 1941. C'est là, presque un an après mon entrée au camp, que nous avons fait connaissance, car tu étais très lié d'amitié aux six instituteurs et professeurs arrivés avec toi, lesquels étaient mes compagnons de combat en Espagne. Ensemble, nous les avons vu exterminer, quelques semaines plus tard. Ensemble, nous avons été placés au block 13 et conduits à la carrière pour l'extraction des blocs de granit après destinés à la construction des murailles du camp, sous les coups des kapos et SS. Ensemble, nous avons été désignés pour les travaux de la "kommandanturreiger", ou logeaient les officiers SS du camp qui nous torturaient sans cesse. Ensemble, nous avons été désignés par nos camarades pour travailler au renforcement de notre organisation clandestine de résistance, ce qui nous a permis de nous libérer le 5 mai 1945. Rapatriés en France, nous avons continué notre collaboration lors de la création de l'Association des Déportés Espagnols Républicains (dissoute par la police française...). Plus tard, tu as fait partie de la commission espagnole de la FNDIRP où tu étais un de nos rédacteurs du bulletin en langue espagnole. Ensuite, tu m'as rejoint au conseil d'administration de l'Amicale Française de Mauthausen où nous avons défendu -avec notre ami Emile VALLEY- les droits de nos camarades républicains espagnols et contribué à la réalisation du monument élevé à la mémoire de nos disparus par notre Amicale, au camp de Mauthausen. Tu as participé à toutes nos entreprises pour faire connaître la Déportation, que ce soit ici en France ou en Espagne. Comme preuve, tu as permis que soit reconnue la personnalité d'un grand journaliste et écrivain, José SAMPERIZ, un de tes compagnons de combat à la ligne Maginot, exterminé à Mauthausen. En Espagne, tu as été membre du comité directeur de l'Amicale de Mauthausen de Barcelona. Ici à Perpignan, tu as apporté aussi ta collaboration pour créer la section des P.O. de notre amicale. Je pourrais m'étendre longuement décrivant ce qu'a été ta vie de combattant pour la liberté, mais l'émotion et le chagrin m'obligent à faire un condensé. L'Amicale de Mauthausen ... tous nos camarades républicains espagnols te disent : Adieu "LUISIN" ... Tu as été digne en tout moment de l'admiration et du respect de nous tous ... Adieu "LUISIN" ... Tu resteras toujours en notre mémoire. Et je terminerai en criant bien fort la phrase que tu aimais bien prononcer lors de nos réunions et devant le monument des déportés républicains espagnols de Mauthausen...: VIVA LA REPUBLICA ESPAÑOLA ... ! Mariano Constante